Nous retrouvons des traces des premiers miroirs sous l’Antiquité. La surface des miroirs Antique est généralement faite de bronze ou d’étain bien loin de notre surface réfléchissante et brillante ! Le Moyen Age offre sur ce point un progrès technique, bien que le miroir d’étain soit encore très répandu, “ le miroir de glace recouvert de plomb” apparait. Le plus souvent bombé, il renvoit une image déformé mais panoramique.

Souvent les textes spirituels utilisent la symbolique du miroir, miroir de l’âme. Poète et conteurs du Moyen Age célèbrent leur propriété optique et leur pouvoir magique. L’évolution technique du miroir fut très lente entre le XIIIème siècle et le XVIème siècle.

 

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Une innovation technique majeure viendra des verriers Vénitiens au milieu du XVIème siècle, les verriers de Murano produisent alors un verre qui n’aura plus un aspect vitreux et sale. Il invente une nouvelle technique  à l’aide de cristal de roche et de matières premières très pures qu’ils lient à une couche de mercure. Et c'est ainsi que le Miroir réfléchissant est né ! Cependant cette technique ne permettait la réalisation de miroir d’une taille ne dépassant pas un grand plateau d’environ 1m20. L’évolution du miroir n’est pas sans influence sur les portraits et autoportraits qui n’apparaissent qu’avec l’évolution de celui-ci au XVIème siècle. Le miroir est un instrument d’observation pour les artistes, dans leur recherche d’une fidèle représentation.

 L’engouement des miroirs en France engendra une véritable affaire d’espionnage industriel ! Entre 1665 et 1670, les importations de miroirs augmentent massivement en France car les besoins ne cessent de croître. Les miroirs étaient si populaires en France que Colbert envoya dès 1660 des agents secrets à Venise pour tenter d’attirer des maîtres miroitier vénitiens en France en leur promettant des privilèges incroyables ! C’est ainsi que la Manufacture royale des glaces fut fondée en 1665 par l’emblématique ministre de Louis XIV. L’activité de cette manufacture, future entreprise Saint-Gobain, permit à Colbert d’interdire dès 1672 l’importation de miroirs italiens, favorisant ainsi le dynamisme économique et l'indépendance de la France ! La Galerie des glaces à Versailles réalisée entre 1682 et 1684 composée en totalité de 306 glaces est le plus bel exemple de l’importance du miroir à cette époque .

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Les innovations se succédèrent, dès 1684 avec notamment la technique de coulage des glaces qui se faisait à plat, ce qui permettait de créer des miroirs bien plus grands que les anciennes glaces créées à partir de cylindres. Puis vers 1690, les ouvriers de la manufacture mettent au point la technique du feuilletage du verre, ce qui leur permit de faire des miroirs plus résistants, plus grands et toujours plus beaux. En 1700 , la Manufacture de Saint Gobain présenta une glace coulée qui fut un véritable exploit : elle mesurait 2,70 m sur 1 mètre. Ce procédé revolutionnaire resta longtemps un secret aussi jalousement gardé que le soufflage à Venise.

Il n’y aura pas de bouleversement dans la fabrication des glaces jusqu’en 1830.

L’utilisation du mercure fut, quant à elle, interdite en 1835 après que l’Autrichien, Justus von Liebig a inventé un nouveau procédé non toxique qui consistait à pulvériser une fine couche d’argent ou d’aluminium sur une plaque de verre doublée d’étain pour accentuer le phénomène réflexif et le miroir perd cette teinte grisâtre qui nuit à la clarté du reflet.

Ce procédé reste toujours employé pour la production des miroirs. La procédure actuelle consiste à asperger, sous vide, une très fine couche d'aluminium ou d’argent sur la face inférieure.

La spyché n’apparait ainsi qu’à partir de la seconde moitité du XVIIIème siècle; Son invention provient de deux raisons principales : l’évolution de la technique de création du miroir permit la création d’un miroir suffisamment grand permettant de se voir de pied et les nouveaux aménagements interieurs des appartements . En effet contrairement au Grand siècle de Louis XIV ou le confort était sacrifié à l’apparat, la “commodité” devint une priorité pour les architectes du XVIIIème siècle. Une nouvelle distribution conçut une séparation entre pièces de reception, appartements privés et locaux réservés aux services. Aux grandes salles du XVIIème on préfére les pièces plus petites ou chacune à sa destination. Tout au long du XVIIIème siècle, l’appartement continue à évoluer vers plus de confort et d’intimité apparaissent nombres de petits appartements privés, ceux de monsieur et ceux de madame, composé d’une chambre, bibliothèque, cabinet de travail, boudoir. Le boudoir, ou les femmes s’y preprarent ou reçoiventt dans l’intimité. Ainsi dès l’époque Louis XV l’apparition de cette nouvelle distribution des appartements d’habitation engendra la création abondance de petits meubles plus ou moins utiles. L’imagination des ébénistes n’est pas à court d’idée et la spyché devient le symbole d’une époque en trônant dans les boudoirs

 

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On l’appelle au départ écran à glace à l’image des écrans placés devant les cheminées. Au XVIIIeme siècle, il s’agit d’une sorte de coiffeuse de deux mètres de haut, encadrée de deux appliques destinées à l’éclairage. La spyché peut également se composer de plusieurs glaces et de petits miroirs latérales. Le panneau central peut pivoter de chaque côté d’un axe pour modifier l’angle de vue. La spyché ne prend réellement son nom qu’aux alentours de 1810 et elle deviendra l’indispensable auxiliaire de la beauté sous l’Empire et la Restauration.

 

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Sous l’Empire, la spyché trouve alors sa place dans la chambre à coucher, elle est dotée d’un miroir mobile et peut être montée sur roulette. Le bois doré laisse alors place à l’Acajou, de forme rectiligne, elle s’orne du répertoir ornemental du style Empire, support en fronton, décor de palmette, colonnette.

 

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A l’époque de la restauration sous le régne de Louis XVIII et Charles X ( 1814-1830) le mobilier n’évolue pas tellement et se compose de la même manière que sous l’Empire. On y retourve la spyché dans la chambre. Mais à cette époque c’est le bois utilisé qui va changer. A partir de 1820, le goût s’oriente vers les bois clair : citronnier, loupe d’orme, frêne, . Les décors jouent avec les différences de teintes des bois, des oppositions entre bois plus foncés et plus clairs. Apparaissent des psychés de plus petites dimmensions, dites spyché de table, facile à diposer sur une commode ou autres petits meubles .

 Sous Louis Philippe  de 1830 à 1850 l’industrialisation du pays s’accompagne d’une urbanisation galopante . Paris s’agrandit et de nombreux immeubles sont construits. La spyché est alors concurrencée et progressivement remplacée par l’armoire à glace, plus pratique permettant le rangement des piles de drap et du trousseau du ménage. L’armoire à glace fut un véritable succés et représentait la pièce indispendable à un nouveau ménage ! Elle était placée soit dans le salon face à la cheminée ou bien dans la salle de bain.

 

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La spyché ne fera sa réapparation qu’à partir des années 1900.  Au moment de l’art déco (1910-1930) ,époque ou la femme prend une certaine place dans la société, elle retrouvera ces marques de noblesse. Les créateurs se réapproprient les meubles existants auquels ils associent des matériaux précieux. La spyché sera un objet de luxe à part entière, aujourdh’ui ancêtre du miroir en pied et de l’armoire à glace !

 

Conseil pour reconnaître un miroir ancien d’un miroir récent :

 Pour reconnaître un miroir ancien, il vous suffit de se munir d’un stylo ou de tout autre objet fin et pointu. Appliquez doucement la pointe de votre outil sur le miroir, sans la faire bouger. Si la pointe donne l’impression de « toucher » son reflet, le miroir a plus de chance d’être récent car la plaque qui le constitue est fine, dans le cas contraire, si votre miroir est ancien, la pointe de votre outil semblera être éloignée de son reflet. Une autre technique consiste à éclairer le miroir avec une lampe et voir s'il scintille, en cas de scintillement, il a plus de chance d'être ancien.