Mais en fait c'est quoi une estampe ? On a tendance à ne plus s'y retrouver, entre gravure, serigraphie, lithographie, estampe ... on aurait même tendance à tout mélanger ! Et bien l'estampe c'est tout cela à la fois !

L'estampe est le terme générique qui désigne une image imprimée sur papier à l'aide d'un support plan encré et passé sous presse, utilisant au choix les techniques de la gravure, de la lithographie ou de la sérigraphie. Ainsi La gravure est l'art de creuser le métal ou le bois. Dans la technique de la pointe sèche ou du burin, le dessin est défini par l'outil qui incise directement le métal. Dans la technique de l'eau-forte, le procédé est indirect : ce n'est pas l'outil qui va creuser le métal mais l'acide (la plaque de cuivre est d'abord recouverte d'un vernis, puis l'image est dessinée à l'aiguille afin de mettre à nu le métal qui sera attaqué ensuite par l'acide). Enfin l'aquatinte est une variante qui permet d'obtenir des demi-teintes.

Dans la gravure sur bois, ou xylographie, on utilise la taille d'épargne qui, contrairement à la taille douce employée pour la pointe sèche ou le burin, consiste à creuser la planche et donc à «épargner» les éléments qui formeront les traits du dessin.

La lithographie est l'art d'imprimer un sujet dessiné sur la pierre. Elle développe un procédé reposant sur l'antagonisme entre l'eau, qui repousse l'encre du rouleau, et des corps gras (ceux du dessin). N'interviennent ici ni les reliefs ni les creux.

La sérigraphie s'apparente à la technique du pochoir. Elle consiste à tendre un écran de mailles poreuses contre un support et à en obturer certaines parties, que l'encre ne pourra pas traverser.

En espèrant qu'après toutes ces explications tout soit beaucoup plus clair !  

La technique de l'estampe japonaise est celle de la gravure sur bois dite xylographie. On grave plusieurs planches de bois ou blocs pour une estampe. Il s'agit d'une taille dite en cuvette car seul les motifs à imprimer apparaissent en relief . Le bois utilisé est en général du cerisier, bois dur, aux fibres serrées. Pour l'économiser, on grave sur les 2 faces du bloc. Parfois jusqu'à 2 à 3 trois motifs de l'estampe sont gravés sur chaque face. Donc une face sert à imprimer 2 à 3 couleurs. Ou il est possible de graver plusieurs fois le même motif sur différent blocs selon le nombre de couleurs souhaitées. Il y a plusieurs applications avec pression à la main au tampon du papier végétal sur une face du bloc, une application par couleur dont le motif est gravé. Une estampe est une œuvre collective qui réunit quatre personnes : l’éditeur qui coordonne le travail, l’artiste qui réalise le dessin, le graveur, et l’imprimeur qui procéde au tirage.

 

Par comparaison avec les autres arts qui ont fleuri au Japon, et spécialement à la peinture, l'art de l'estampe est un art récent. Il ne commence véritablement d'exister qu'à la fin du XVIIe siècle. Par rapport à la peinture à cette époque, art essentiellement aristocratique et traditionnaliste, l'art de l'estampe est populaire : on appelle les premières estampes japonaises : l'ukiyo-ye .

La première génération de l'estampe japonaise correspont à la période EDO (1600 - 1868) EDO qui est le nom de la capitale du Japon à cette époque, actuelle Tokyo. 

L'origine, le terme ukiyo-e a une signification bouddhique  sur le caractère évanescent de la vie. Il signifie monde flottant, où rien n’est constant. Pendant la période Édo, sa signification évolua vers une vision hédoniste de la vie. Ce fut l’écrivain Asai Ryôi 浅井了意 (1612?-1691) qui l’utilisa dans ce sens pour la première fois dans la préface du Dit du monde flottant (ukiyo monogatari浮世物語) en 1661 : « Vivre seulement pour l’instant, contempler la lune, la neige, les cerisiers en fleurs et les feuilles des érables rougeoyants, aimer le vin, les femmes et les chansons, ne pas se soucier de la pauvreté, se laisser porter par le courant de la vie comme la gourde flotte au fil de l’eau, c’est cela que j’appelle ukiyo ».

Ainsi les premières Ukiyo-e de la période Edo reprennent cette iconographie : portraits de geisha, de courtisanes, de comédiens qui représentent les plaisirs terrestres.

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En parallèle, une dimensions plus spirituelle est développée par certains artistes comme Hokusai et Hiroshige qui s'attachent aux paysages.  A travers ces paysages c'est davantage une représentation du sacré qui s'exprime : selon les traditions shintoïstes, dans la nature se trouvent des kami 神, des esprits divins pouvant se trouver dans un rocher, une montagne, un animal, ou une simple fleur par exemple. L’essor de ces concepts, de voyage pour le plaisir personnel, et de « voyage sacré », expliquent en partie le succès des estampes de paysages. La nature a à la fois un côté apaisant, et un côté effrayant. C’est pourquoi de nombreux ukiyo e dépeignent la force destructrice de la nature, et d’autres la sérénité qu’elle véhicule. C’est cette contradiction, cette dualité, qui permet de comprendre l’essence des estampes de paysages.

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Le principe premier de l’estampe japonaise n’était pas de représenter la réalité, mais de représenter les impressions que donne le sujet : les émotions qui se dégageaient des acteurs de théâtre, comme la colère et la passion par exemple, ou la beauté éphémère et sacrée des paysages.

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Les estampes japonaises furent dans un premier temps des images populaires bon marché, mais dès l’ouverture du Japon en 1858, une mode, le japonisme, se répandit en Europe. Les estampes allaient devenir petit à petit la représentation d’un Japon à son apogée culturel. Les artistes impressionnistes se sont très grandement inspiré des estampes, notamment celles de paysages. En effet, au 19e siècle les artistes européens se libéraient peu à peu des règles picturales très strictes du classicisme, et l’impressionnisme avait pour but non plus d’obéir à des normes et de reproduire avec exactitude le sujet mais de représenter ses impressions. 

2ème génération de l'estampe japonaise : sous l'ère Meiji (1868- 1912) : L'estampe Ukiyo-e évolue avec l'ouverture du Japon au monde occidental avec l' estampe Meiji. 

Kiyochika Kobayashi (1847-1915) est l'un des artistes qui incarne le mieux cette époque. Il a étudié la photographie et la peinture à l'huile. Il mélange les techniques de représentation occidentales avec celles de l'ukiyo-e.

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3ème génération de l'estampe japonaise : le style SHIN HANGA ("Nouvelles gravures") 1910-1960
L'estampe du 20ème siècle : un art renouvelé

Les sujets rappellent les thèmes de l'ukiyo-e : de belles femmes, des portraits d'acteurs, des fleurs et des animaux, des paysages ruraux ou urbains. 
Les estampes sont composées en utilisant les techniques de représentation de l'art occidental : perfection de la perspective, dégradés de couleurs très
élaborés, utilisation du clair-obscur… 

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 Son entreprise est un immense succès et plusieurs éditeurs se lancent à sa suite dans la production d'estampes de style Shin hanga.

Comment identifier une estampe japonaise originale ?

En cas d'achat, il est impératif de demander un certificat d'authenticité qui certifiera l'originalité de l'estampe. Le prix de l'estampe varie en fonction de son époque de création et de son sujet, plus elle est ancienne plus elle est recherchée et également en fonction de la notoriété de l'artiste.

L'estampe japonaise, c’est d’abord des couleurs vives et une parfaite qualité d’impression. Ensuite, c’est une bonne qualité de conservation. Ces exigences s’imposent à qui veut les collectionner.

Afin de mieux observer l'originalité d'une estampe japonaise :

1- il vaut mieux l'examiner sans cadre, ni sous verre. Jetez un oeil à l'arrière de la pièce, il devrait y avoir une signature et la marque distinctive de l'éditeur de l'impression. Ceux-ci sont souvent trouvés sur le revers de la pièce, dans les marges ou même incorporés dans la conception de l'image.

2- Examiner de très près la fibre du papier. Les pièces originales sur bois japonaises sont imprimées sur du papier texturé, et les fibres du papier seront visibles dans les sections qui ne sont pas saturés d'encre.  

3 Si la date de l'impression ne correspond pas aux qualités de l'impression (par exemple, si le stock de papier et de technique d'impression semblent trop moderne), il est plus que probable que ce soit une reproduction. Les reproductions n'auront pas le même niveau de détail et l'ombrage que des estampes originales. Si l'impression semble particulièrement plat et peu dynamique, ce peut être une reproduction.  

Acheter une réédition est une occasion d'acheter une estampe classique, en bon état et à un coût moindre.
Pour toutes les estampes japonaises originales ou en rééditions, les critères qui modulent le prix sont les mêmes :
- l'artiste,
- le motif (sujet, composition) et l'appartenance à une série célèbre,
- l'ancienneté,
- l'état de conservation,
- le grain du bois visible,
- la présence du tirage dans les collections d'un musée.

Pour les rééditions, on ajoute la qualité du tirage : nature du papier, fidélité du trait, respect des couleurs et des dégradés de couleurs par rapport à l'original. Il est possible de trouver des reedition pour moins de 100 euros. Alors qu'une estampe japonaise originales peut atteindre plusieurs milliers d'euros.